Peaux de bêtes craquelées, cuirs élimés par les morsures du temps, eaux ruisselantes en cascades, lignes éruptives de l’écorce de l’arbre centenaire, volcan irriguant le sol de ses ardentes coulées de lave, pages d’écritures aux miroitements infinis, interstices d’une croûte terrestre fugitive, tracé d’un sismographe insomniaque, électrocardiogramme aux oscillations rythmiques…
Conviés à la table du talent, l’existence et le temps gorgent l’ultime grammaire picturale de Valérie Brunel de piments savoureux, toujours plus intenses. En compositeur maître de sa baguette, elle exécute son geste maîtrisé avec habileté et vélocité. À la manière de noires et de blanches musiciennes, la profondeur de ses traits accentue la durée, s’impatiente ou s’attarde délicieusement. La mélodie graphique s’élance sur l’horizon de la toile, imprimant l’empreinte de son passage à pas brillants et inaltérables. Carole Eon-Groslier
Avide d’absolu et désireuse d’enlacer toutes les dimensions de cette vertigineuse calligraphie, Valérie Brunel joint à son geste ondoyant et longitudinal l’euphorie ballerine d’une savoureuse hauteur. Aspiré par les beautés successives de ce manuscrit élaboré dans la tridimensionnalité, le regard s’amuse. Se hasarde à suivre la lumière. Imagine une forme tapie dans l’ombre. Esquisse une intention. Petit à petit, l’oeil curieux devenu archéologue fouille le détail. Brusquement, le mystère surgit, irrésistible et immortel. Immergeant l’harmonieuse élégance de la toile sereine, la pulsation vitale jaillit, craquelant la surface laquée à la force d’une indicible vie souterraine. Défiant l’éphémère condition mortelle, L’artiste capture l’impalpable : le temps, le souffle, le silence, la respiration… La matière est creusée, comme le doigté du chirurgien incise la chair pour en révéler le contour saillant des veines.
Chaque courbe devient le berceau unique d’une existence délicatement domptée par la main de son auteur. Chaque creux se gorge d’une émotion tendrement déposée dans le cocon fertile et lumineux de ces failles sinueuses et cheminantes. Cavités vitales, antres nourriciers, souches foisonnantes esquissent leurs danses opalines sur le tableau devenu terre de contrastes, la vie perlant sur la paroi lisse de la destinée mortelle…
Valérie Brunel détient le secret. Au fil des années, elle s’est façonné sa clef, capable de lui ouvrir les portes de l’éternité. Elle a compris que seules les oeuvres d’art gratifiées d’un coeur et d’une âme ont le pouvoir de déjouer la malice funeste de la condition humaine, et de survivre à la sentence du temps qui passe. La greffe du docteur Brunel sur ses oeuvres est un succès, scintillant des mystères de sa genèse. Car si l’implantation d’un coeur repose sur l’excellence d’une technique domestiquée, l’ancrage du ressenti et des émotions conserve tout entière l’énigme de ses origines…
Carole Eon-Groslier
Diaporama